Bruxelles, 21 juin 2012 – En cette journée internationale des réfugiés, la Ligue des droits de l’Homme et Bruxelles Laïque demandent aux autorités gouvernementales de cesser de véhiculer l’idée selon laquelle les demandeurs d’asile Roms originaires des Balkans ou de pays de l’Union européenne sont a priori de « faux demandeurs d’asile » et de simples « migrants économiques ». 

Cette minorité souffre, depuis des siècles, de profondes discriminations raciales: exclusion des enfants Roms de l’enseignement ordinaire ou leur placement dans des écoles pour enfants à déficiences intellectuelles, conditions de vie insalubres (pas d’accès à l’eau et à l’électricité), expulsions forcées fréquentes sans relogement, exclusion quasi-totale des Roms des emplois convenables en Europe, etc.

Ces violations ont été condamnées par la Cour européenne des droits de l’Homme. Elle  s’est prononcée à maintes reprises à l’encontre, entre autres, de la Slovaquie (cas de stérilisations forcées de femmes Roms), de la Roumanie (Roms chassés violemment de leur village et maison), ou encore de la République tchèque, de la Grèce et de la Croatie (faits de ségrégation dans les écoles).

A ces discriminations se greffe une augmentation des violences racistes contre les Roms en Europe.

Ces situations sont inacceptables. Elles nous imposent d’accueillir ces quelques milliers de personnes.

Comme le souligne l’ancien commissaire aux droits de l’Homme du Conseil de l’Europe, Thomas Hammarberg, le fort pourcentage de Roms qui demandent l’asile parmi les personnes originaires des Balkans est simplement le reflet de la situation qu’ils vivent là bas. C’est pourquoi il est fondamental d’assurer l’accès des Roms au mécanisme de protection sur un pied d’égalité avec les autres personnes, notamment pour ce qui concerne les procédures d’asile .

La Belgique a fait tout le contraire en adoptant, le 26 mai dernier, un arrêté royal établissant une liste des pays d’origine sûrs et en y inscrivant, en plus de l’Inde, les pays des Balkans (Macédoine, Kosovo, Serbie, Monténégro, Albanie, Bosnie-Herzégovine). Conséquences : un demandeur d’asile originaire des Balkans voit la charge de la preuve de la persécution alourdie, sa demande traitée de manière expresse (en 15 jours) et son droit de recours contre un éventuel refus réduit et dépourvu d’effet suspensif. Il devient dès lors extrêmement difficile pour un Rom de se voir reconnaître le statut de réfugié en Belgique.

Pourtant, un certain nombre de ressortissants des pays précités, majoritairement des Roms, se voyaient reconnaître jusqu’à présent le statut de réfugié à cause de persécutions subies dans leur pays d’origine. Pourquoi, dès lors que des persécutions sont avérées, considérer ces pays comme sûrs a priori?

Bruxelles Laïque et la LDH demandent aux autorités de supprimer cette présomption de fausseté, qui revient à nier la réalité de leur situation.

Elles demandent aux autorités d’assurer un accueil en conformité avec la dignité humaine des personnes d’origine Roms fuyant les discriminations, qu’elles soient ou non ressortissantes d’un Etat membre de l’Union européenne, en poursuivant l’objectif d’intégrer cette population et de la mettre en mesure de contribuer et de prendre une place dans la société.

Source: Ligue des Droits de l’Homme, Bruxelles Laïque