4 octobre 2011 – Chachipe a.s.b.l. est issue de la lutte pour les droits des Roms dans les Balkans et contre les retours forcés. Depuis plusieurs années, nous suivons la situation des Roms serbes et macédoniens qui sont rapatriés de force dans leur pays qu’ils ont souvent quitté depuis des décennies. Nous suivons également le sort des Roms du Kosovo qui sont aujourd’hui rapatriés dans un pays où ils sont traités comme des citoyens de troisième zone.

Alors que les gouvernements occidentaux et la Commission européenne se félicitent de financer des projets de réinsertion, ces déboutés du droit d’asile se retrouvent souvent sans aucune aide. Nombreux sont ceux qui finissent dans des bidonvilles, où ils n’ont accès ni à l’eau, ni à l’électricité et où ils sont exposés à des violences.

Ces oubliés profitent aujourd’hui de la libéralisation du régime des visas pour retourner en Europe, c’est-à-dire, dans un des pays de l’Union européenne, où ils ont grandi et qu’ils ont intégrée comme leur vraie patrie.

Suite aux pressions exercés par plusieurs Etats-membres de l’Union européenne, dont le Luxembourg, les pays des Balkans ont récemment pris une série de mesures visant à limiter le nombre de demandeurs d’asile. Au lieu d’améliorer les conditions de vie des Roms et autres minorités et de leur permettre d’exercer leurs droits, elles visent tout simplement à empêcher les Roms de quitter leur pays.

Alors que l’Union européenne aime à se présenter comme défenseur des droits de l’Homme dans le monde, elle encourage aujourd’hui les Etats des Balkans à violer un des principes de base des droits de l’Homme, la liberté des circulation, qui concède à toute personne, celui de quitter tout pays, y compris le sien (art. 13 de la Déclaration universelle des droits de l’Homme). Aujourd’hui, les Roms des Balkans sont retournés à la frontière de leur pays ; ils sont sortis des bus et empêchés de poursuivre leur voyage. Leurs passeports sont tamponnés et rendus inutilisables comme document de voyage. Ils sont punis, quand ils sont rapatriés de force.

Tout ceci n’est pas sans rappeler une période particulièrement sombre de notre histoire récente qui a culminé dans le génocide des Juifs et des Roms qui se sont retrouvés côtes à côtes dans les camps de la mort. S’ajoute encore le nettoyage ethnique des Roms du Kosovo et les persécutions récentes.

 

Personne ne quitte volontairement son pays sans y être poussé. Personne n’abandonne ce qu’il a construit et laisse derrière lui les siens sans avoir de solides raisons. Voilà pourquoi nous sommes consternés et nous dénonçons les propos calomnieux visant à faire des Roms des Balkans des « touristes de l’asile » qui viendraient au Luxembourg pour se remplir les poches et se refaire une santé. Nous dénonçons également la démagogie qui consiste à rendre les demandeurs d’asile roms des Balkans responsables pour le manque de capacités d’accueil pour demandeurs d’asile au Luxembourg.

Nous demandons au gouvernement luxembourgeois d’arrêter la polémique et de mettre fin aux pressions sur les gouvernements des pays des Balkans qui n’ont d’autre résultat que de renforcer le racisme et les discriminations contre les Roms. Nous demandons au gouvernement luxembourgeois de s’abstenir de renvoyer des Roms au Kosovo et dans les autres pays des Balkans et de s’engager, au niveau européen, pour mettre fin aux expulsions forcés des Roms qui refont des Roms des nomades qui errent de pays en pays dans le vain espoir de trouver un jour une terre d’accueil. Nous demandons au gouvernment de s’engager pour le respect des droits des Roms, au Luxembourg et à l’étranger, afin que ce peuple européen qui a tant souffert des affres du XXème siècle puisse finalement tourner la page et retrouver la paix et la sérénité !

Chachipe a.s.b.l.