4 août 2011 – Dans une  lettre au gouvernement macédonien, des associations de défense des droits des Roms et des réfugiés ont exprimé leurs inquiétudes par rapport aux mesures qui ont été prises en vue d’empêcher les citoyens de ce pays de demander l’asile dans l’Union européenne. Réagissant aux pressions de la part de l’Union européenne, les autorités macédoniennes ont récemment empêché plusieurs centaines de leurs ressortissants de quitter la Macédoine. Les ONGs dénoncent une atteinte flagrante aux droits de l’Homme.

Au cours des derniers mois, des associations et des professionnels travaillant dans le domaine de l’asile ont remarqué que des demandeurs d’asile en provenance de Serbie et de Macédoine ont soudainement abandonné leur demande d’asile pour retourner dans leur pays, évoquant la peur de représailles. Plus récemment, les ONG ont trouvé des preuves indiquant que les autorités macédoniennes empêchaient des Roms de quitter la Macédoine sur base du prétexte qu’ils essaieraient de demander l’asile à l’étranger.

Lors d’une réunion du Forum de Salzbourg qui rassemble les ministres de l’Intérieur de huit pays d’Europe centrale et occidentale, la Ministre de l’Intérieur de la Macédoine, Gordana Jankulovska, a déclaré que 764 Macédoniens avaient été refoulés à la frontière entre le 29 avril et le 27 juin. Avant cette réunion, elle avait expliqué que les personnes qui seraient refoulées à la frontière se verraient tamponner leur passeport comme une “indication claire pour nos collègues aux autres postes frontières, que ces personnes doivent être soumises à des contrôles supplémentaires ». Elle a ajouté que le but de cette mesure serait d’empêcher les personnes concernées d’abuser de libéralisation des visas et de nuire à la réputation de la Macédoine à l’étranger.

Des Roms qui ont été rapatriés en Macédoine ont également rapporté qu’ils avaient été privés de l’aide sociale. Des ONG roms locales, qui ont été recrutées dans le cadre de la campagne d’information du gouvernement visant à réduire le nombre de demandeurs d’asile, ont affirmé avoir averti leurs clients qu’ils risqueraient de perdre leur aide sociale ainsi que leur assurance maladie et qu’ils pourraient également être soumis à une interdiction de voyager. Selon les médias macédoniens, les ONG roms auraient été chargées d’informer la communauté rom qu’ils risqueraient une peine de prison à leur retour en Macédoine.

Le gouvernement macédonien a en effet tenté de criminaliser l’émigration. En juillet, le ministre de la justice sortant, Antonio Milošoski, a présenté un projet de loi visant à introduire l’abus du système sans visa avec l’UE comme un délit criminel. Selon ce projet, les responsables des compagnies de voyage, qui auraient transporté des individus qui essaieraient ensuite de rester dans l’Union européenne, pourraient être exposés à des peines de prison allant jusqu’à cinq ans, même s’ils n’étaient pas conscients des intentions des voyageurs. Le ministre a également annoncé une autre réforme de la législation qui permettrait de priver de leur passeport les demandeurs d’asile déboutés ainsi que les personnes rapatriées.

Selon les ONG, ces mesures ne sont pas seulement en contradiction avec la Constitution de la Macédoine, mais violent également des principes fondamentaux des droits de l’Homme. Elles ont rappelé au gouvernement macédonien, que la liberté de circulation; qui comprend le droit, pour tout individu, de quitter tout pays y compris le sien, est protégé par plusieurs traités et conventions internationales, auxquels la Macédoine a souscrit.

Elles ont signalé l’absence de base légale et de critères sur base desquels certaines personnes sont privées de leur droit de voyager. Elles soulignent également que le principe de liberté de circulation implique le droit d’avoir un passeport, qui ne saurait être limité que dans des conditions très strictes et spécifiques. Elles soutiennent aussi le fait que seulement un petit nombre de citoyens macédoniens ont obtenu l’asile récemment, n’implique pas que les citoyens macédoniens n’auraient pas le droit de demander l’asile. Elles soulignent que des organisations internationales dont la Commission européenne continuent à rester préoccupées en raison de la forte discrimination des Roms en Macédoine et de leur exclusion sociale. Dans ce contexte, les ONG ont également exprimé leurs inquiétudes face au caractère discriminatoire des mesures du gouvernement macédonien qui touchent principalement les Roms.

Les ONG appellent le gouvernement macédonien à abandonner toutes les mesures incompatibles avec les principes des droits de l’Homme. Elles invitent le gouvernement à combattre la pauvreté et la discrimination comme facteurs essentiels poussant les Roms à demander l’asile à l’étranger. Finalement, elles demandent au gouvernement macédonien d’intégrer les réfugiés Roms du Kosovo qui ont été maintenus dans une situation de précarité depuis leur expulsion du Kosovo, il y a douze ans.

Chachipe a.s.b.l.