7 juin 2011 – Une coalition d’associations de protection des droits des Roms et des réfugiés a demandé au gouvernement serbe d’abandonner des projets visant à empêcher ses citoyens à demander l’asile à l’étranger. Face aux pressions de plus en plus fortes de la part de l’Union européenne et à la menace de perdre la liberté de visa récemment obtenue, les autorités serbes ont récemment proposé une série de mesures dont, notamment, une réforme légale qui permettrait le retrait des passeports des demandeurs d’asile déboutés. Les ONG s’inquiètent pour les droits des réfugiés.

Face à une forte augmentation du nombre de demandeurs d’asile en provenance de la Serbie dans plusieurs Etats membres de l’UE, celle-ci subit des pressions grandissantes de la part de l’UE. En 2010, la Serbie était à la tête des pays d’origine de demandeurs d’asile dans l’hémisphère nord. Cette recrudescence a été mise en lien avec la libéralisation du régime de visas qui permet aux citoyens serbes de voyager sans visa dans l’espace Schengen pour des séjours inférieurs à trois mois.

L’Union européenne a récemment menacé la Serbie ainsi que d’autres pays de réintroduire l’obligation de visa en cas d’un regain soudain de demandes d’asile. Tel est le contenu d’une nouvelle proposition de la Commission européenne, qui sera débattue lors de la prochaine réunion des ministres de la justice et des affaires intérieures de l’UE, qui aura lieu jeudi, au Luxembourg.

Dans leur lettre aux autorités serbes, les ONG reconnaissent que celles-ci agissent sous pression. Elles critiquent notamment la signature d’accords de réadmission entre la Serbie et les pays l’Union européenne qui ont servi de base au rapatriement forcé de plus de 4000 citoyens serbes en 2010. Elles soulignent néanmoins que le fait que la Serbie soit sous pression ne libère pas ses autorités de leur devoir de protéger les droits de leurs citoyens.

Dans ce contexte, les ONG critiquent le fait que des représentants du gouvernement serbe ont, à plusieurs reprises, accusé les demandeurs d’asile d’être des “faux” demandeurs d’asile, et allégué que ceux-ci quittaient la Serbie pour des motifs purement économiques. Elles soulignent le caractère discriminatoire de ces affirmations, étant donné que la majorité des demandeurs d’asile sont issus des minorités ethniques, dont les Roms.

Les ONG critiquent particulièrement les déclarations du vice-premier ministre serbe, Ivica Dačić, qui, lors des célébrations de la fête rom du printemps, Ederlezi, a appelé les Roms à ne pas demander l’asile à l’étranger afin de ne pas mettre en péril les intérêts nationaux et étatiques de la Serbie. Selon les ONG, de telles déclarations ne font qu’accroître l’hostilité envers les Roms et contribueraient à les isoler du reste de la société.

Finalement, les ONG critiquent l’intention du gouvernement serbe d’introduire une nouvelle loi qui permettrait de priver les personnes ayant fait une demande d’asile à l’étranger, mais qui auraient été déboutées, ainsi que tous les autres citoyens qui seraient restés à l’étranger au-delà de la période autorisée de leur passeport. Elles soulignent que la liberté de circulation est un droit qui est garanti par des conventions internationales, et que la Cour Européenne des Droits de l’Homme a déjà condamné plusieurs Etats pour avoir refusé de délivrer un passeport à leurs citoyens.

“Nous pensons que la route de la Serbie vers l’Union européenne ne devrait pas être marquée par des violations graves des droits de ses citoyens les plus vulnérables”, affirment les ONG, en conclusion. Elles invitent les autorités serbes à s’engager d’avantage pour améliorer les conditions de vie de leurs citoyens et à garantir le respect des droits de l’Homme et des minorités.

Chachipe a.s.b.l.