19 août 2009 – Dans un rapport concernant une série de récentes attaques sur les Roms à Gnjilane, au Kosovo, qui ont probablement un arrière-fond  ethnique, l’association des droits de l’Homme Chachipe a exprimé de sérieux doutes concernant la qualité et l’objectivité des rapports sur les crimes à connotation ethnique contre les Roms au Kosovo. Au cours de la dernière semaine du mois des juillet, plusieurs Roms auraient été agressées et violentées par des voisins albanais dans un quartier rom de Gnjilane, sans que cela ait été correctement suivi et rapporté par les organisations internationales.

Suite à des rapports sur un incident violent, au cours de laquelle plusieurs Roms auraient été blessés, Chachipe a entamé une enquête auprès des organisations internationales visant à déterminer l’arrière-fond et les dimensions de l’incident. Alors que l’incident signalé datait déjà de plusieurs jours, aucun des représentants des organisations contactés, la MINUK, l’EULEX, l’OSCE et le HCR, n’affirmait en avoir connaissance. Mais même après avoir pris des informations auprès de leurs postes extérieurs, les organisations ont été incapables, ou ont refusé d’informer Chachipe sur les événements.

« Les informations que nous avons reçues ont été absolument rudimentaires. Ils allaient d’une simple liste de quelques rapports de police, se rapportant à des incidents apparemment banals tels qu’une « bousculade » et un vol, à la remarque que la situation sécuritaire des Roms s’était détériorée, assorti d’une remarque selon laquelle la police ne rapporte pas correctement sur les attaques contre les Roms », Chachipe a déclaré.

Cette situation a changé suite à un reportage télévisé diffusé, jeudi dernier, par Yekhipe, le programme rom de la télévision publique au Kosovo. Les journalistes de Yekhipe avaient visité le quartier rom et interrogé plusieurs victimes et témoins. De leurs rapports, il ressort que une série d’incidents graves ont eu lieu à Gnjilane au cours desquels plusieurs Roms ont été agressés et victimes d’abus sans aucune raison apparente autre que la haine.

Dans les interviews avec les journalistes, les Roms ont expliqué que la situation s’était récemment détériorée à Gnjilane ce qu’ils ont liée à l’arrivée de réfugiés albanais (kosovars) dans le quartier rom. Une des personnes interrogées a même affirmé que les attaques étaient organisées et coordonnées. Tous les Roms ont rapporté que les membres de leur communauté étaient régulièrement agressés et insultés, et ont exprimé de graves craintes concernant leur sécurité.

Il ressortait également de leurs déclarations, que leur confiance dans la police était limitée. Sur six incidents, qui ont prétendument eu lieu, au mois de juillet, seulement trois ont été signalés à la police. Les journalistes de Yekhipe ont interviewé un officier de la police locale qui a qualifié deux  des cas comme de simples conflits de voisinage et a insinué qu’un autre serait lié à des «comptes ouverts » entre des trafiquants d’essence, disqualifiant ainsi la victime.

Chachipe a déclaré que, sur cet arrière-fond, elle comprenait mal la passivité et le manque d’intérêt qui ressortaient des réactions des organisations internationales lors de son enquête. L’association a rappelé que l’une des tâches de la communauté internationale au Kosovo est la protection et la promotion des droits de l’Homme, et que les organisations ont un mandat explicite pour surveiller la situation. Chachipe s’est montrée préoccupée par le fait que la mission de police de l’UE semblait avoir très peu d’informations sur la situation des Roms à Gnjilane.

Chachipe a souligné que le fait que les crimes à connotation ethnique contre les Roms ne sont pas correctement rapportés à de graves conséquences pour les Roms au Kosovo et les réfugiés et les demandeurs d’asile à l’étranger. « Comme il ressort des récents incidents à Gnjilane, ce qui se recoupe également avec des comptes-rendus que nous avons reçus antérieurement, les Roms du Kosovo n’ont personne vers qui se retourner, lorsqu’ils se sentent menacés, et ceux qui ont quitté le Kosovo ont de graves problèmes pour démontrer les risques auxquels ils sont exposés à leur retour. »

Chachipe a vivement critiqué la décision de plusieurs pays européens, dont l’Allemagne, la Suisse, la Suède et l’Autriche, de rapatrier de force les Roms vers le Kosovo, sur base d’une évaluation de la situation de sécurité, biaisée et incomplète. «Il semble que les récents rapports de la MINUK au Conseil de sécurité sont basées essentiellement sur des rapports de police, alors que la MINUK reconnaît elle-même que les minorités ethniques n’ont aucune confiance dans la police pour porter plainte, » Chachipe a déclaré.

L’association appelé les organisations internationales d’essayer de dissoudre immédiatement les tensions dans le quartier rom de Gnjilane et de résoudre les problèmes qui sont apparemment liés au processus de retour. Elle a en outre demandé une enquête approfondie concernant l’arrière-fond des récentes attaques contre les Roms, ainsi qu’une surveillance et un compte-rendu objectif et impartial sur la situation de la sécurité au Kosovo. Chachipe finalement demandé aux gouvernements des pays d’accueil de ne pas rapatrier de force les Roms vers le Kosovo tant que la situation sécuritaire des Roms demeurait fragile et d’accorder aux réfugiés, qui sont dans leur pays depuis une longue date, un droit de séjour permanent.

Chachipe a.s.b.l.