4 juillet 2009 – L’Office fédéral des migrations reste insensible à un appel du Conseil de l’Europe. Le commissaire aux Droits de l’homme de l’institution estime que la situation économique et sociale au Kosovo est un «obstacle majeur à un processus de retour»

Le Kosovo n’est pas encore prêt à accueillir ses ressortissants réfugiés en Europe. C’est du moins ce que pense le Conseil de l’Europe. Il l’a fait savoir dans un rapport publié jeudi à Strasbourg. Thomas Hammarberg, le commissaire aux Droits de l’homme de l’institution, appelle ainsi les gouvernements européens à ne pas envoyer les Kosovars chez eux, «les autorités du pays n’ayant actuellement pas la capacité d’accueillir et d’intégrer des réfugiés qui rentreraient en masse».

Voilà qui concerne la Suisse. Près de 200 000 Kosovars y vivent. Va-t-elle donner un quelconque écho aux recommandations du Conseil de l’Europe, qu’elle présidera d’ailleurs à partir du 1er novembre? Que nenni. L’appel de Thomas Hammarberg intervient alors que plusieurs pays sont en train de négocier un accord de réadmission avec les autorités kosovares, plus d’un an après la déclaration unilatérale d’indépendance de l’ex-province serbe. Et c’est justement le cas de la Suisse…

«Eveline Widmer-Schlumpf vient de signer le 30 juin à Belgrade un accord de réadmission avec la Serbie, et nous espérons faire de même avec le Kosovo cette année encore», confirme Jonas Montani, le porte-parole de l’Office fédéral des migrations (ODM). En 2008, 107 retours volontaires et 138 retours forcés vers le Kosovo ont été organisés, souligne-t-il. Durant les quatre premiers mois de 2009, les chiffres étaient respectivement de 68 et de 82.

Retour difficile à envisager

L’ODM n’a pas pu préciser combien parmi les près de 200 000 Kosovars de Suisse devraient être renvoyés. Mais Jonas Montani le souligne, l’office ne voit pour l’instant aucune raison de changer sa pratique en matière d’asile et de renvois vis-à-vis du Kosovo. La Suisse vient d’ailleurs d’ajouter le Kosovo à sa liste de pays dits «sûrs». Depuis le 1er avril, elle n’entre ainsi plus en matière sur les demandes d’asile ou les recours déposés par ses ressortissants, à moins qu’il n’existe des indices de persécution.

Pour Naim Malaj, le chargé d’affaires du Kosovo en Suisse, cette décision est positive. «Cela démontre qu’il n’y a plus de motifs d’asile au Kosovo et que la situation s’est nettement améliorée, y compris pour les minorités. Je trouve donc justifié que la Suisse n’accueille plus de nouveaux requérants, exception faite de cas très particuliers», commente-t-il. Sans vouloir critiquer les autorités suisses, il ne nie par contre pas une certaine sympathie pour l’appel du commissaire du Conseil de l’Europe. «La situation économique et sociale au Kosovo est difficile, dit-il. La plupart des Kosovars qui sont en Suisse depuis de longues années et bien intégrés ont vraiment de la peine à envisager un retour…»

Source: Le Temps