27 mai 2009 – A l’occasion de la sortie, en France, du film « Les enfants invisibles », des associations roms de toute l’Europe ont envoyé une lettre de protestation aux promoteurs du film, l’UNICEF, le Programme alimentaire mondial (PAM), et le service italien pour la coopération au développement, pour exprimer leur vive inquiétude concernant le court-métrage “Blue Gypsy” (Le gitan bleu) du cinéaste yougoslave Emir Kusturica, un des sept courts métrages qui doivent servir à sensibiliser le public sur la violation des droits de l’enfant dans le monde.

“Blue Gypsy” raconte l’histoire d’un jeune garçon rom appelé Uroš qui est poussé au vol par son père paresseux et alcoolique immédiatement après sa libération d’un centre détention pour enfants. Sans surprise, il décide, à la fin, de retourner au centre, où un autre détenu lui suggère qu’il est plus liberté qu’à l’extérieur.

Si les associations signataires ne nient pas totalement l’existence de ce phénomène, elles expriment néanmoins leur désaccord avec le fait qu’il vienne dominer la représentation publique et le discours sur les Roms ce qui est pour elles également une conséquence des campagnes de sensibilisation menées par les organisations internationales et les ONGs, qui mettent trop l’accent sur le phénomène de la mendicité des enfants et la traite humaine au sein de la communauté rom.

Les associations reconnaissent que cette approche est très puissante pour attirer l’attention du public et mobiliser des financements, mais soulignent qu’elle contribue à détourner l’attention des causes profondes, c’est-à-dire, la grande pauvreté et la marginalisation des familles roms, pour se figer sur une de ses conséquences possibles. Elles affirment aussi qu’elles auraient salué un film exposant les conditions de vie des familles roms qui constituent souvent en elles-mêmes une violation des droits de l’Homme et des droits de l’enfant.

Chachipe, qui a initié la lettre, souligne l’impact négatif sur les enfants roms et l’ensemble de la communauté. “Si l’idée de ce film était de promouvoir les droits des enfants, nous devons conclure que, pour les enfants roms, ce film a totalement raté son objectif,” déclare l’association. “En effet, si les parents sont les principaux responsables de la pauvreté et la détresse de leurs enfants, pourquoi faudrait-il encore les aider? Et, puisque le film ne fournit aucune explication pour le comportement des parents, à part leurs prétendus égoïsme et cupidité, ce comportement apparaît comme inné et endémique. Les Roms sont donc voués à rester d’éternels parias, une idée qui est largement confortée par Kusturica.”

Les associations ne demandent pas la suppression du court-métrage de la production, qui doit être présenté dans le cadre de la célébration du soixantième anniversaire de la déclaration des droits de l’enfant, mais demandent que sa présentation soit accompagnée par un débat public auquel les associations roms devraient être invitées. Ils ont également recommandé que de futurs campagnes de sensibilisation sur des thèmes qui touchent les communautés roms soient préparées ensemble avec les associations roms, afin d’éviter qu’elles ne contribuent à renforcer les préjugés envers les Roms.

Chachipe a.s.b.l.

Pour de plus amples informations voir aussi: Blue Gypsy: Film and reactions.