12 mars 2008 – 12h44 à Mitrovica Nord. Depuis la déclaration d’indépendance du Kosovo le 17 février 2008, comme tous les jours à cette heure-là, les Serbes manifestent au nord de Mitrovica.Le choix de cette heure précise symbolise la résolution 1244 adoptée par le Conseil de sécurité le 10 juin 1999, et qu’ils estiment bafouée par la déclaration unilatérale des Kosovars albanais. Dans son préambule, la résolution « réaffirme l’attachement de tous les États membres à la souveraineté et à l’intégrité territoriale de la République fédérale de Yougoslavie et de tous les autres États de la région. »

Les Kosovars serbes du bureau de Caritas Kosovo à Mitrovica vont travailler le matin, mais repartent avant 12h44 pour éviter toute prise à partie et tout heurt. Aussi, bien qu’elle ait dû réduire son activité pour répondre aux mesures de sécurité et de prudence de rigueur, l’équipe de Caritas Kosovo composée d’Albanais et de Serbes, s’attache à poursuivre ses actions.

Des actions en phase avec la réalité

Depuis sa fondation en 1992, Caritas Kosovo s’est attachée à développer des programmes en faveur des minorités serbes et roms. En 2007, les activités du bureau de Caritas Kosovo à Mitrovica se sont particulièrement développées dans trois domaines : la promotion du dialogue intercommunautaire et l’intégration des minorités, la défense des droits de l’homme fondamentaux et le développement de projets microéconomiques. Trois domaines pour répondre à la situation spécifique du nord du Kosovo où se concentrent particulièrement les séquelles du conflit. Des réfugiés serbes et albanais sont encore présents dans les centres collectifs au nord et au sud de Mitrovica. Les communautés roms, ashkalis et égyptiennes réfugiées au nord ont suspendu leur retour dans leur ancien quartier de Roma mahalla en raison de leur sentiment d’insécurité. Les enclaves albanaises des Trois tours au nord de Mitrovica tentent de vivre dans leur environnement. Des personnes âgées isolées et démunies, des femmes victimes de violences domestiques ou de trafic et enfin un chômage qui atteint 40 % de la population active, finissent de dépeindre une situation précaire et fragile à laquelle nombre de projets de Caritas, en lien avec d’autres ONG, ont tenté d’apporter des solutions.

L’équipe de Caritas Kosovo à Mitrovica demeure confiante, même si, à juste titre, ses membres Serbes se montrent inquiets. Pour eux, si les Albanais prenaient leur indépendance comme une victoire personnelle au détriment des minorités, elle serait un échec. L’indépendance du Kosovo trouvera toute sa signification et sera considérée comme un succès dans la mesure où le calme sera respecté et où toutes les minorités seront prises en compte.

Emmanuelle Dethomas