Pour que les Rroms du Kosovo puissent un jour retrouver une situation sociale décente, pour qu’ils puissent s’insérer sur le marché de l’emploi, il est nécessaire que les enfants reviennent sur les bancs de l’école. A Prizren, les Croix rouges espagnoles et kosovares ont lancé depuis plusieurs années des programmes de rattrapages pour les élèves qui ont stoppé leur scolarité.

Ramadan Kryeziu, 17 ans, est l’un des nombreux Rroms de Prizren qui fut obligé d’abandonner l’école après le conflit armé de 1999 au Kosovo. Objet de « pressions et d’intimidations continuelles » de ses voisins Albanais, il fut forcé de quitter les bancs de l’école pendant plus de trois ans. « Maintenant, ça va », souffle-t-il dans un soupir.

Confrontée à de sérieux problèmes économiques et sociaux, à de multiples discriminations et à l’absence de stratégies gouvernementales, cette communauté minoritaire rencontre aussi de nombreuses difficultés dans le domaine éducatif. Et la mise en place du protectorat des Nations Unies n’a pas permis de faire revenir tous les Rroms sur les bancs de l’école.

A l’école primaire « Lekë Dukagjini » de Prizren, quatre-vingt dix élèves suivent depuis quatre ans des cours intensifs et des sessions de rattrapage. « Ces cours sont ouverts à toutes les communautés mais dans les faits, ils bénéficient surtout aux élèves rroms », affirme le directeur, Abdullah Hoxha. Ce programme, financé et réalisé par les Croix Rouge espagnole et kosovare à Prizren, est un cas unique au Kosovo. Plus d’une centaine de Rroms suivent régulièrement ces cours dans six écoles de l’agglomération.

« Le projet a comme objectif de réintégrer des élèves qui ont du quitter l’école, ou qui ont obtenu de mauvais résultats scolaires » explique Fatmir Lipoveci, secrétaire de la Croix Rouge du Kosovo à Prizren. Ce dernier assure que les membres de la communauté rrom sont les principaux bénéficiaires de cette initiative. « Plus de la moitié des élèves sont rroms. Nos équipes sur place ont sélectionné les enfants après des enquêtes de terrain et des rencontres avec les familles. Nous assurons le financement des fournitures scolaires et même d’une partie de la nourriture. Et grâce aux cours intensifs, les enfants peuvent en une année compenser deux ans de retard ».

Nexhat et Sedat, 17 ans, suivent depuis quatre ans ces cours intensifs. « J’avais été obligé d’interrompre leur scolarité par manque de moyens financiers », explique leur père, Hamëz Gashi, dont la maison a dernièrement été reconstruite par des organisations humanitaires internationales.

Dans le quartier de Jeta e Re de Prizren, à majorité rrom, la fréquentation des écoles par les enfants semble même en hausse. « Bien qu’il y ait des progrès, certains enfants ne vont toujours pas à l’école », lance Hysen, un habitant de ce ghetto rrom.

Une scolarité sans débouché professionnel

Que faire après avoir fini ses études ? La plupart des enfants rroms ne poursuivent pas leur formation dans le secondaire, faute de moyens ou de résultats scolaires suffisants, et quittent donc l’école relativement jeunes. Or, trouver un emploi au Kosovo quand on est Rrom, surtout dans un contexte économique désastreux, relève de l’exploit. Pour combattre ce phénomène, la Croix Rouge a donc mis dernièrement en œuvre un projet de formation pour les femmes rrom.

« Ce programme a duré neuf mois. Malgré des formations de couture et de coiffure offertes à 120 femmes, seule un nombre symbolique d’entre elles a réussi à ouvrir un salon de coiffure en ville », souligne Fatmir Lipoveci.

Or, pour les Rroms du Kosovo puissent un jour sortir de leur misère sociale, il est primordial que ces populations retrouvent une vie économique dynamique.

Source: Courrier des Balkans/Neviep Kosov@