27 janvier 2008 – Les cantons ne sont pas prêts pour faire face à un afflux de requérants. La situation explosive entre la Serbie et le Kosovo risque de provoquer une nouvelle déferlante de candidats à l’asile. Les cantons veulent laisser à l’armée le soin de les accueillir

«Nous nous attendons à une nouvelle vague de réfugiés en provenance des Balkans. Déjà dans les années 1990 les vagues de candidats à l’asile avaient placé la Suisse à la limite de ses possibilités d’accueil.» Karin Keller-Sutter, 44 ans, PRD, la Saint-Galloise vice-présidente de la Conférence des directeurs cantonaux de justice et police (CCDJP), tire la sonnette d’alarme. Jeudi dernier, la CCDJP a planché à Zurich sur des scénarios d’urgence. «Les cantons, a confié la conseillère d’Etat au SonntagsBlick, travaillent sur un concept qui leur permettrait de supporter une crise comme celle qui pourrait provenir des Balkans.»

C’est vrai. La situation est explosive. L’ultranationaliste serbe Tomislav Nikolic, 55 ans, est donné favori pour le second tour des élections qui doivent se dérouler dimanche prochain. Son credo: «Le Kosovo, le berceau de la Serbie, ne devra jamais se séparer de nous.» De l’autre côté, le ministre-président du Kosovo, Hashim Thaci, 39 ans, affirme que «l’annonce de l’indépendance du Kosovo n’est plus qu’une question de jours». C’est dire si la situation est explosive, d’autant plus que, sur la question, le monde est divisé comme au pire moment de la guerre froide. La Russie soutient à fond la Serbie, alors que l’Union européenne et les Etats-Unis se sont placés dans le camp du Kosovo.

Le souvenir de 1991

Lors de l’effondrement de la Yougoslavie en 1991, la guerre avait provoqué la venue en Suisse en quelques années de 200?000 réfugiés en provenance des régions en crise. Mais, d’après Karin Keller-Sutter, les temps ont changé et le pays n’a plus la même capacité d’accueil. «Des centres destinés aux requérants ont été fermés. De plus, à l’initiative de Christoph Blocher, les cantons pour des raisons d’économie ont démantelé fortement leurs structures d’assistance.»

Principal point fort du concept élaboré par les cantons, en cas d’afflux considérable de requérants, c’est la Confédération qui devra faire face. «Les candidats à l’asile devront être accueillis dans les structures de l’armée. Seulement dans un deuxième temps, ils pourront être partagés entre les cantons. Comme 340 000 personnes originaires des Balkans vivent déjà en Suisse, un accueil privé chez des membres de leur famille serait pour nous une solution acceptable.» Aujourd’hui déjà, la plupart des requérants tentent d’entrer en Suisse par des voies illégales, souvent au risque de leur vie. «Entre 40% et 70% d’entre eux ont recours à des passeurs», précisait hier Brigitte Hauser, de l’Office fédéral des migrations (ODM), en se basant sur des évaluations résultant d’études et de questionnaires menés par l’office. Les services de ces passeurs, révèlent pour sa part la SonntagsZeitung, se facturent entre quelques milliers et jusqu’à 75 000 francs. Dans ce dernier cas, le réfugié est doté de faux papiers d’une très bonne qualité et a suivi un véritable cours de préparation aux futurs interrogatoires des différentes autorités. Selon la dernière statistique, plus de 10 000 personnes ont demandé l’asile en Suisse en 2007. Les autorités ignorent pour 9930 d’entre elles comment elles sont entrées sur le territoire helvétique.

Source: Le Matin